Quitter Montréal

Quitter Montréal

Après des mois de tergiversassions, surtout avec mon propre cerveau, j’ai pris la décision de quitter Montréal et le Québec dans quelques mois. De retraverser l’Atlantique après 2 ans bientôt passés ici.

Cette décision fut et reste douloureuse, comme un renoncement. Ce choix, je l’ai un peu fait par défaut, motivé avant tout par l’absence de perspective de carrière. Huit mois que je galère malgré un visa ouvert (c’est à dire qui me permet de travailler n’importe où) et que je lutte contre des portes fermées. Malgré des centaines de C.V. envoyés qui sont restés lettres mortes.

Après une année d’idylle avec mon pays d’adoption, je suis aujourd’hui frustrée. Et un peu en colère. De n’avoir pas le réseau qu’il faut, de ne pas être reconnue, de ne pas avoir une chance de prouver ce dont je suis capable. J’ai sûrement ma part de responsabilité. Je ne souhaite pas recommencer à zéro avec mes années d’expérience. Je veux bien faire des concessions mais je ne veux pas d’un boulot alimentaire. Bref. Je ne me sens pas adaptée au système.

Montréal me manquera. Je retiendrai de notre histoire ensemble une infinie douceur de vivre. Des saisons qui prennent tout leur sens, des après-midi dans le parc, la neige qui tombe et qu’on regarde au chaud. Je me souviendrai des sourires et de la politesse, de l’accent si différent, du sentiment de sécurité de se promener seule le soir. Je n’oublierai pas non plus les rencontres, ces gens que j’ai appris à découvrir plus vite et plus fort parce que telle est souvent la règle de l’immigré.

Il va falloir renoncer aussi. Renoncer à cet appartement que j’aime tant et où je me sens enfin bien après tant d’errances dans des lieux qui ne me correspondaient pas. Renoncer à nouveau à voir les gens évoluer ici jour après jour, en se donnant des nouvelles via l’écran même si on sait que ce ne sera pas vraiment pareil. Il va falloir laisser le confort et les habitudes derrière soi, les rues qu’on a parcouru tellement de fois, les brunchs du dimanche matin.

Mais une chose est sûre, je ne repartirai pas les mains vide. J’emporterai cette fois avec moi un couple plus solide, alors que j’étais partie sur un coup de tête avec un presqu’inconnu quand nous avions décidé de voir si on pouvait être amoureux loin de chez nous. J’étais venue avec un chat, j’en aurais deux dans l’avion cette fois. J’aurais sur le bout de la langue des expressions que j’aimerais ne pas oublier. J’aurais des amis, que la distance n’effacera pas. Et surtout, j’aurais des souvenirs à chérir quand la grisaille de là-bas, qui n’existe quasi pas ici, me tombera dessus. Je repartirai changée, plus apaisée, plus confiante.

Si ce choix de partir aurait pu se faire dans de meilleures circonstances, il n’en résulte pas moins d’une décision prise à deux, et assumée. Je sais que, en France ou dans d’autres pays européens, ma vie ne sera pas forcément plus facile. Que repartir m’exposera à d’autres difficultés. Mais j’ai le sentiment que je serai plus à ma place. Et surtout, qu’il faut que je le fasse. Je savais au fond de moi qu’il fallait que je parte à Montréal. Comme je sais aujourd’hui que d’autres choses m’attendent, ailleurs. Que la bougeotte me reprend depuis que j’ai posé le mot « départ ». Car au-delà de la tristesse, on regarde déjà d’autres appartements, d’autres cultures, d’autres parcs et d’autres festivals. On se prend à rêver, Maximilien et moi, à ce que pourrait être notre vie bientôt.

Ma naïveté, mes espoirs sont ma force et ma faiblesse. J’avance, quoi qu’il arrive, et souvent je me prends des murs qui réveillent les larmes et les angoisses. Mais parfois, quand ça fonctionne, quand finalement un chemin que je n’avais pas imaginé se dévoile, alors je sais que j’ai eu raison d’essayer.

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13 comments

  1. kateri says:

    Oh.. Je m’y attendais mais je refusais d’y croire..

    Je vous souhaite tout le bonheur du monde dans votre prochaine aventure.

    J’espère profiter pleinement des mois qui restent pour continuer à vous côtoyer le plus possible ici, dans notre belle ville.

    xx

  2. Goulucieusement says:

    Snif … Moi qui rêve d’y retourner, ton message m’a émue ça m’a replongé quelques années en arrière … Je pensais la même chose il y a quelques années … Et le regret est arrivé, difficile à vivre … Je ne veux pas en rajouter une couche, mais ça peut servir de connaitre le ressenti de ceux qui ont retraversé l’océan …

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  3. Aureylien says:

    C’est bien dommage. Tu m’avais donné envie de partir au Canada et surtout à Montréal.

    Je te souhaite bien du courage de revenir en France qui j’espère pour toi ne sera qu’une étape pour repartir très vite.

    • Yvette la chouette says:

      Et j’espère que tu as toujours envie ! L’expérience est magique et vaut vraiment le coup d’être vécue si tu peux. Je pars mais sans regret d’être venue.

      Quand à la France… C’est pas exclu, c’est pas certain non plus.

  4. caroline says:

    Je comprend tout a fait ce que tu dis dans ton texte concernant les choix et de ne pas se sentir a ma place. Je suis dans la même situation que toi, a une autre échelle car je ne suis pas parti à l’étranger, mais voila 3 ans que je suis dans une ville dans laquelle je ne me sens plus vraiment chez moi et je sens que c’est le moment de partir.
    ça fait du bien de te lire, car tu décris tout a fait ce que j’ai dans la tête. j’ai l’impression d’etre comprise en te lisant!
    Bon courage pour la suite et j’espère que tu trouvera ta place ou bien que tu vivras encore plein d’aventures!

  5. Kantu - Birds & Bicycles says:

    Je ne suis ici à Montréal que pour quelques mois, mais je comprends ton attachement à sa douceur de vivre!

    Dans quelques mois, je repars aussi en Europe sans savoir où on va se retrouver avec mon mec – et cela a quelque chose d’exaltant mais aussi d’inquiétant, de ne pas savoir ce qui nous attend.

    Courage à toi en tout cas- je te souhaite de très belles aventures où vous déciderez de poser vos valises!

    Et j’espère que professionnellement, tu trouveras des opportunités intéressantes Ailleurs.

    • Yvette la chouette says:

      C’est exactement ça : exaltant et inquiétant. J’alterne entre ces 2 phases en ce moment…

      Merci pour ton mot qui me remonte le moral, et je te souhaite aussi de profiter de tes derniers mois à Montréal avant de t’envoler pour d’autres aventures 🙂

  6. Gab says:


    oO

    Beau post, belle réflexion (quelle nouvelle!) et quelle maturité aussi, ça n’a tellement pas du être une décision facile à prendre… Mais je suis sincèrement désolé, tout au fond j’ai un peu de mal à réprimer un hurlement de joie ponctué d’un THEY’RE BAAAAAAAAAAAAAAAAAACK!
    Nous qui sommes toujours en train d’étudier la question du voyage entre mes congés et les opportunités ça m’embête un peu de ne pas avoir connu votre chez vous, mais tout de même, je suis content de vous savoir bientôt plus près.
    On vous attend, on vous aime

    La nounou team

  7. Anne-Laure says:

    Je lis tes mots et j’en ai la chair de poule car j’ai l’impression de me voir, il y a presque 4 ans… Après 2 ans sur Montréal, nous sommes rentrés en France (pour la famille, pour retenter la vie ici,…). Et 4 ans plus tard, nous voilà en pleines démarches de résidence permanente. Mais je ne regrette pas mon retour. Car maintenant, je sais clairement où je veux être et où se situe mon chez moi.
    Alors je te souhaite un bon retour au pays… Même si ce choix se fait un peu par défaut et que certaines choses vont te manquer, de belles aventures vous attendent.

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