2 ans à Montréal : le bilan

2 ans à Montréal : le bilan

Toujours sous l’eau entre le voyage qui passe par la France avant d’atteindre Londres pour laisser les chats aux grands-parents (oui, je suis nullipare, du coup je fais des transferts), les derniers meubles à vendre, l’anniversaire de Maximilien, le nettoyage de l’appartement. Dix petits jours pour tout finir, avec une hanche qui vient de me lâcher. « Vous êtes toute croche » m’a affirmée mon ostéopathe (c’est à dire complétement tordue), avant de me mettre au repos forcé.

Profitant de cette pause obligatoire et nécessaire, voici donc l’heure du bilan, après deux ans passés sur cet autre continent. Au Canada, mais surtout, au Québec. Parce que non, ce n’est pas la même chose. Puis d’ailleurs Montréal, c’est encore différent.

2 ans à Montréal : le bilan

J’AI AIME

Les saisons

Porter des vêtements si chauds en hiver que je n’aurais pu les trouver ailleurs qu’ici. Ne voir que des Noël blancs. Regarder un mètre de neige s’accumuler en une seule journée. Braver les -30° et avoir les cheveux gelés – littéralement – au bout de 10 minutes. Râler quand la neige s’invitait encore en avril. Voir le printemps éclore en moins de 2 semaines. Avoir l’impression que la vie revenait toujours, quelque soient les difficultés qu’elle traversait. Ranger les manteaux et sortir les tongs. Oublier les gratins et retrouver l’odeur du barbecue. Passer sa vie dehors à partir de juin et profiter de tous les festivals. Considérer que les parcs étaient mes jardins et y passer des après-midi à discuter. Rentrer en courant sous un orage brûlant de fin de journée. Voir les premières feuilles tomber. La piscine en plein air se vider. Observer les arbres se parer de couleurs vives. Approcher les écureuils plus vraiment farouches qui font leurs provisions. Acheter des courges et des citrouilles. Penser à Halloween. Puis tout recommencer, dans un rythme immuable. Les saisons ici m’ont bercées, je les ai toutes aimées.

Les rencontres

Être expatrié, c’est sortir de sa zone de confort social. C’est soit se renfermer sur soi, soit s’obliger à aller vers les autres parce que sinon, on se fait vite chier. Même moi, avec ma timidité et mon côté sauvage, je m’y suis pliée. Les rencontres ici, françaises ou canadiennes, m’ont apportée énormément. Découvrir des gens différents, avec leur histoire et leur passé, et les laisser venir dans sa vie, doucement. Les voir évoluer, s’épanouir. Il y aussi celles qui n’ont pas tenu car, au fond, on avait pas grand chose à se dire. Puis y a celles surtout qui sont devenues tellement plus intenses que tout ce qu’on aurait pu s’imaginer. Celles qui vont être douloureuses à quitter. Deux ans, c’est pas grand chose, mais quand on quitte ses habitudes, c’est beaucoup. C’est des pintes de bière, des bouteilles de vin ouvertes comme un trésor, des dîners, des concerts, des chalets, des campings… Ce sont ces moments du quotidien qu’on n’imaginait pas prendre autant d’importance.

Le quotidien

Vivre à Montréal, quand on débarque d’une ville comme Paris, c’est une bulle d’air. Fini les longs trajets en métro, l’agressivité, la grisaille, la mauvaise humeur. Non, tout n’est pas parfait. Mais diviser son loyer par deux pour plus de surface (avec des balcons !), aller travailler à pied, finir ses journées à 17h, ne JAMAIS avoir de remarques désobligeantes quand on est une fille, ça change la vie. Montréal, je n’ai pas eu le coup de foudre pour elle en arrivant. Elle me semblait grise, laide même. Puis, en l’apprivoisant, j’ai découvert ses maisons colorées, ses espaces verts, ses endroits cachés. J’ai aimé la liberté qui s’en dégageait. Pas de regards de travers quand on se sort pas super stylé, le tatouage ici est partout, le street art aussi. L’individualisme passe après le collectif. On fait la queue pour prendre le bus. On dit : « Salut ! Ça va ? » aux gens qu’on ne connait pas. On sourit, presque toujours. On est pas pressé. On ne fait pas des drames de tout.

2 ans à Montréal : le bilan

JE N’AI PAS AIME

Le marché du travail

Alors là, c’est une expérience assez personnelle. Je suis arrivée avec un visa de travail, et avec un job dans une grosse compagnie française que j’ai gardé durant un an. Une expérience pas très agréable mais qui me procurait une certaine sécurité financière. Qui m’a permis de vivre confortablement et de faire pas mal d’économie. Un visa de travail ouvert ensuite en poche (c’est à dire que je pouvait bosser partout sans démarche), j’ai démissionné, me disant que je retrouverais facilement un travail dans le domaine de la communication. Grosse erreur !

Des centaines de CV envoyés plus tard, j’ai à peine décroché une dizaine d’entretiens. Entretiens visiblement ratés puisque je n’ai jamais eu de nouvelles. Ni de oui, ni de non. Silence radio. Apparemment, cette absence de suivi est habituelle. Tout comme le fait de s’appuyer uniquement sur son réseau de connaissances. Cette remise en cause fut très déstabilisante, et la principale raison de mon départ. Pour les quelques français autour de moi arrivés sans travail, le constat est un peu similaire : trouver un job qui nous plait, c’est une lutte. Et il faut entre 6 mois et un an avant d’atteindre son objectif. Montréal n’est pas l’Eldorado. Faire sa place n’est pas plus facile qu’ailleurs. Pour ma part, ce fut même bien plus dur que tout ce que j’avais affronté avant professionnellement.

L’isolement géographique

Le Canada est un immense pays, traversé par 6 fuseaux horaires. Le système ferroviaire est très peu développé et cher. Donc quand il s’agit de visiter les alentours, la voiture est indispensable : 6h pour aller à Toronto, 3h pour Québec, 7h pour New York. Les distances sont gigantesques et, souvent, aller visiter une ville en un week-end est impossible. Les billets d’avions, eux, sont déments. Ça me revenait presque au même prix de faire Montréal/Paris que Montréal/New York.

Après avoir connu les vols low cost pour des week-ends dans toutes les capitales européennes, le choc fut rude. J’ai eu la chance de quand même beaucoup bouger au Québec et aux États-Unis mais clairement pas autant que ce que je m’étais imaginée avant de partir.

Le manque de culture et d’histoire

Ce point va être probablement contesté par quelques unes de mes connaissances mais allez, j’assume ! Une des premières choses qui m’a étonnée en arrivant ici fut l’absence de vieilles pierres. Les églises étaient neuves. Les bâtiments historiques ont une centaine d’années. Rien ne remonte à très loin. Une européenne comme moi a eu du mal à s’y faire. La culture existe ici, bien sûr. Il y a des galeries, des musées, des concerts. Mais le prix est souvent dissuasif. 15 à 20$ la place de cinéma dans un Cineplex qui ne passe que des grosses productions Hollywoodiennes, bon, voilà. 25$ pour chaque entrée au musée. On oublie souvent en France la chance que l’on a d’avoir un état investit dans le patrimoine et la culture.

Montréal n’est pas non plus une capitale. Les principales collections de peintures ou de photos sont accessibles en Amérique du Nord via New York. Idem pour les grosses expositions. Cette non proximité des grands événements m’a vraiment frustré. Je me suis sentie un peu coupée du monde au Québec.

2 ans à Montréal : le bilan

Flèche

Voilà pour un premier bilan rapide. J’oublie probablement beaucoup de choses sur lesquelles j’essaierai de revenir par la suite.

Cela dit, avec ses points positifs et négatifs, je n’ai jamais regretté mon expatriation. La preuve, je remets ça ! La liberté et l’adrénaline qui accompagne un changement de pays est inégalable. La richesse de l’expérience aussi. Si l’envie vous prenait d’aller voir ailleurs, pour un an ou dix, je n’ai qu’un conseil: foncez.

Rendez-vous sur Hellocoton !

12 comments

  1. Jasmin says:

    Et bien… je suis plutôt d’accord avec ce que tu dis!
    Par contre côté travail c’est le contraire pour moi. À Toronto j’ai pu obtenir un poste d’aide enseignante alors que je n’avais pas de diplôme dans l’éducation. Alors qu’ici c’est retour à la case départ, c’est à dire l’hôtellerie… enfin, si il faut reprendre des études, je m’y plierais…

    Bonne continuation! 🙂

  2. Flo says:

    Hello !

    Je me suis installée il y a un mois à Calgary, et c’est super intéressant de connaître ton retour d’expérience, même si ces deux villes sont très différentes, en plus c’est agréable à lire 🙂

    Comme Jasmin j’ai eu plutôt de la chance niveau travail aussi, j’ai trouvé dans ma branche en 5 jours seulement, mais je pense qu’au Québec, d’autant plus à Montréal où il y a tant de Français, c’est plus difficile.

    Bon courage pour le retour !

  3. Kantu - Birds & Bicycles says:

    Coucou! Merci pour ce chouette article, dans lequel je retrouve des bouts du Montréal que je connais et que j’apprends à connaître depuis 6 mois.

    Je suis juste pas d’accord avec un point: ta complainte sur les musées 🙂 Les prix ne sont pas toujours autant chers. Le magnifique Musée des Beaux Arts est même gratuit pour les moins de 30 ans (en tout cas ses collections permanentes)

    … mais bon, moi je viens pas de Paris, c’est vrai que le choix d’expos doit être dément dans la capitale française!!

    Bon courage à toi pour le déménagement!

    • Yvette la chouette says:

      J’ai 31 ans, j’ai plus le droit aux tarifs réduits :p
      Blague mise à part, oui, j’exagère. Il y a par exemple beaucoup de festivals gratuits dont j’ai profité, ou de projections cinéma en plein air. Mais la diversité culturelle m’a clairement manqué… Je dois être exigeante !

      Merci en tout cas 🙂

  4. My Name Is Georges says:

    Je trouve ton article très intéressant, parce que d’une part tu me fais rêver avec les aspects positifs et ça entretient un peu mon rêve lointain de tout plaquer pour aller vivre là bas quelques années, mais tu remets aussi les choses à plat et mes pieds sur terre avec les aspects plus négatifs!
    En tout cas l’expérience a quand même l’air extraordinaire, tu as de la chance de l’avoir vécue et j’admire aussi ton courage, ce n’est pas facile de s’expatrier! Si j’ai bien compris tu renouvelles l’expérience, où pars-tu t’installer ?

    • Yvette la chouette says:

      Merci pour ce petit mot gentil ! Si tu as l’occasion de venir ici, n’hésite pas… C’est une expérience passionnante, qui permets de découvrir beaucoup beaucoup de choses.

      Et je pars m’installer à Londres dans moins de semaines !

      N’hésite pas si tu as des questions sur le Québec par ailleurs 🙂

  5. Cha says:

    Hello,
    Très sympa comme article et je suis assez d’accord avec toi. Autant pour le marché du travail que pour la culture du pays.
    Mais l’automne montre le bout de son nez, alors c’est juste beau dehors, on peut rien lui en vouloir haha

  6. Laulinea says:

    Hello ! Oh ben je suis déçue pour toi que tu es tant galérée pour trouver dans ton domaine… Moi je dois être une chanceuse puisque j’ai trouvé en moins d’un mois, et avec un JP à la clé. Par contre, ça a pris 6 mois à une amie dans le même domaine.
    Je comprends tes points « je n’ai pas aimé », mais moi je pense plutôt le contraire lol ! Faut dire que je n’avais jamais été en Amérique du Nord, alors forcément je trouve tout à côté 😀 NYC à 6h !!!! Ça je m’y ferais jamais 🙂
    Et puis côté culture, je trouve la ville bien fournie, mais je pense que si on vient de Paris, on doit avoir l’habitude de plus et donc être plus exigeant. Comme pour la proximité finalement avec les TGV qui vont partout en Europe ou l’aéroport. A Marseille, tu dois les 3/4 du temps passer par Paris… Un peu agaçant !
    Enfin voilà, désolée pour le pavé ! Sinon, comme toi, j’adore les 3 premiers points 🙂

  7. Une famille à l'ouest du Canada says:

    Hello,

    Je prends enfin le temps de remonter tes archives.
    Nous avons eu le même problème que toi au Québec, on a alors prix la décision de pousser plus à l’ouest. Nous vivions en Estrie, mais je suis sûre qu’on aura adoré vivre à Montréal.
    Cela dit, je suis quand même contente de ce parcours qui nous a permis de découvrir l’Alberta que j’adore (sans pour autant être sûr qu’on ne partira pas ailler non plus, Bougeotte quand tu nous tiens !!)
    En tout cas, j’espère que tu te plais en Angleterre, et que tu trouveras un emploi rapidement ( dsl je n’ai pas encore lu tous tes articles)

    Bon courage et à bientôt
    Nadege

    Ps: J’adore ta façon d’écrire !!!

Laisser un commentaire