Le côté obscur des Teletubbies

Le côté obscur des Teletubbies

Quand je suis arrivée ici, je pensais que ma maison allait être comme dans les Teletubbies. Un truc joli, avec un soleil qui rigole (enfin non, parce qu’il fait un peu peur le bébé soleil des Teletubbies) et des fleurs. Hormis le fait que j’ai un jardin avec de l’herbe et que je vis dans un terrier, c’est pas tout à fait pareil.

La cave – nom affectueux de notre appartement – se situe donc au demi sous-sol d’une maison victorienne. Quand on l’a visité, je sais pas si on avait pris de la drogue, mais on l’avait trouvé vraiment cool. Il était 21h et on avait été au pub avant, certes. Puis en fait, à la lumière du jour, la cave a un peu moins une bonne tête. Elle est toute bancale avec de la lumière, justement, qui ne rentre pas trop. Il y a une sorte d’odeur bizarre, comme dans les maisons des vieux. Et l’air froid passe par des endroits incongrus, comme le placard. Les murs sont moches et notre déco est toujours au dessus de l’océan. Puis on peut discuter avec les voisins à travers les murs sans avoir besoin d’élever la voix.

Alors oui il y a un jardin. Probablement formidable vers juillet ou août. Pas en novembre.

D’un autre côté, c’est vrai qu’on vous demande 6 semaines de loyer en caution ET un mois de loyer à verser en avance lors d’un emménagement Londonien. Sachant qu’une semaine de loyer c’est à peu près £350, je vous laisse faire les calculs, ça fait beaucoup trop cher. On a au moins trouvé un proprio gentil qui n’essayait pas de nous soutirer les milliers de livres qu’on avait pas. Il nous a dit qu’on avait le temps de faire le transfert pour la caution, qu’on pouvait amener nos gros chats, qu’on arrivait et qu’on partait quand on voulait. Alors on a signé et finalement, avoir une cave, c’est un peu se prendre pour Batman. Sans Batmobile, parce que j’ai pas le permis.

Après, j’ai attrapé une angine SUPER douloureuse, comme si j’avalais du verre pillé en permanence. Et évidemment, je ne pouvais plus parler. J’espérais vraiment que ce soit un truc qui ne dégénère pas parce que je me sentais pas la force d’affronter le système de santé anglais. De toute façon, je dois encore attendre 3 semaines avant d’y être inscrite et là j’aurais du payer un rein. Or j’avais bien envie de garder mes deux reins intacts, même si j’avais plus de gorge.

Le côté obscur des TeletubbiesLa lutte

En attendant je cherche un travail. Et si y a bien un truc déprimant à faire dans une cave avec un mal de gorge, c’est chercher du travail. Surtout que je n’ai aucune idée de quoi faire. Éleveuse de chats ? Testeuse de nourriture indienne? Je procrastine donc un peu – la télé anglaise est fabuleuse de conneries – et je me balade. Il y a dehors un vent qui balaye tout, et des éclaircies, et de la pluie. J’ai ressorti les écharpes, les collants, les bonnets tandis que les anglaises continuent à braver la météo en mini-jupes. J’ai presque envie de leur courir après pour leur dire qu’elles devraient mettre une petite laine mais je ne sais pas encore dire « petite laine » en anglais.

M. travaille beaucoup trop. Il doit en plus prendre le métro très tôt le matin pour pas se retrouver étouffer dans la foule. Mais il aime ce qu’il fait et il est bien payé. Je me sens un peu triste de ne plus le voir beaucoup, tout en étant aussi heureuse de ne plus voir sa petite tête déprimée quand il rentre le soir.

Du coup, ça fait 3 soirs que je pleure à chaudes larmes sans m’arrêter. Des énormes sanglots me secouent avant de s’arrêter quand je suis épuisée. La chose étrange, c’est que je ne me sens pas si mal que ça. Je retrouve la dureté d’un monde que j’avais oublié, en habitant là-bas, au Québec. Je n’ai plus ce coton protecteur. Je n’ai plus mes repères.

Mais avant de partir, j’étais dans une sorte de dépression ouatée, vide, sans rien qui ne me donnait encore vraiment envie de me lever le matin. Ici j’ai de nouveau doucement l’envie d’avancer, de construire, de me battre. Je me retrouve. Je retrouve M. Je mange et je bois comme 4, je discute avec les gens, je me sens interpellée sans cesse. J’ai envie de tout comprendre, vite, de ne rien rater, de profiter. Bien sûr, tout n’est pas comme prévu, et puis d’ailleurs, tout n’est pas parfait. Mais moi non plus. Alors l’Angleterre et moi on devrait peut-être réussir à s’entendre, au final.

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10 comments

  1. Calbrysa says:

    Oui j’imagine que le changement ne doit pas être facile, se sentir un peu seule dans une nouvelle ville et nouvelle vie doit demander un apprentissage, mais pour y aller de temps en temps, Londres est une ville fabuleuse, il suffit de trouver des centre d’intérêts et puis surtout se soigner et être en forme et tout ira mieux. Courage.

  2. Emilo says:

    mdr pour le 1/2 sous sol. Tu devais obligatoirement avoir un coup dans le nez pour accepter de vivre dans les entrailles de la Terre. Bon courage pour l’acclimatation et la recherche de travail.

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